Poèmes à croquer

Une petite sélection de quelques poèmes inspirés du tanka, issus de ma série Poèmes à croquer :

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Améliorer son style : les tics

L'éthique du langage

Tout ce dont je me souviens de mes cours d'Histoire de 5e sont les tableaux où l'on cochait le nombre de fois où la prof disait « en effet » ou « effectivement ». ^^'
Mais nous avons tous des tics de langage, plus ou moins intrusifs, en début de phrase par exemple, avec « En fait », « Du coup », etc, ou en guise de ponctuation finale : « quoi », « con » (du côté de Toulouse !), « tu sais… »

Cependant, ce petit défaut, très agaçant quand on le remarque, existe aussi à l'écrit. Si certains lecteurs risquent de ne rien remarquer, cela peut irriter les plus littéraires d’entre eux et devenir rédhibitoire !
En principe, ces récurrences sont plutôt différentes de celles qu'on pratique à l'oral (enfin, méfiez-vous quand même dans vos dialogues !).

Un tic de langage, ça peut être :

Un mot => exemple : bien
Tu as bien fermé à clé ? / ou : Tu es sûr d'avoir fermé à clé ?
Il est bien content. / ou : Il est très content.
Il est bien rentré. / ou : Il est rentré sain et sauf.
Tu peux trouver bien mieux. / ou : Tu peux trouver beaucoup mieux.

Un groupe nominal ou verbal => exemple : comme ça
Tu peux pas dire ça comme ça !
Il est arrivé comme ça, la bouche en cœur.
Alors, comme ça, tu étudies la philosophie ?

Ou encore une catégorie de mots.
Personnellement, je suis accro aux adverbes, souvent utilisés à profusion pour pas grand chose (il suffit de regarder cette phrase*, haha).

Comment s'en débarrasser ?

Votre première mission est évidemment (erf !) de les identifier.
Inutile de relire l'intégralité de votre manuscrit dix fois. Laissez-le reposer quelques temps et reprenez juste (ah !) un chapitre. Vous trouverez forcément (oh !) des coupables avec une volée d'une dizaine de pages.
Normalement (zut...), ils ne sont pas difficiles à repérer car ils sont facilement (>.<) remplaçables ou carrément (gnurf…) inutiles à l'intégrité de la phrase.
Un exemple ? « Oh ! Oui ! Un exemple ! Super ! Ouais ! »
Relisez ce paragraphe en supprimant tous les adverbes. Quelques nuances de sens disparaissent mais le texte est-il incompréhensible pour autant ? « Ah, non, vous avez raison ! » Je sais, merci 😉

Mon conseil :
Inutile de vous acharner au moment de l'écriture, surtout si vous venez de les détecter ou si vous utilisez le flow pour écrire. Cela ne fera que brider votre inspiration.
Gardez cet exercice pour l'une de vos relectures. Vous aurez plus de recul et la tête plus disponible.

Attention, le but n'est pas d'éradiquer l'intégralité de leurs occurrences, ces mots existent car ils sont utiles, mais de limiter la fréquence de leurs apparitions pour les utiliser avec parcimonie.

*Ou, les habitués l'auront peut-être remarqué, les autres articles du site… car, après une journée de boulot, j'ai la flemme :p

Améliorer son style : les lourdeurs dans une phrase

Lorsqu'on est concentré sur sa rédaction, on a tendance à ne pas faire attention aux petits détails stylistiques. Pourtant, même si ces tournures de phrases passent à l'oral, elles ont tendance à plomber le texte. Au-delà de leur inélégance, elles peuvent aussi être voraces en longueur, et c'est problématique quand on est limité en nombre de signes, par exemple dans le journalisme ou la bande-dessinée.
Voici donc quelques petites astuces pour gagner de la place et alléger votre rendu final !

Les répétitions (cela va sans dire 😉 )
En cas de galère, utiliser le CRISCO sur internet ou autre dictionnaire de synonymes.

Les pléonasmes
Tout le monde connaît « monter en haut » et « descendre en bas », mais certains pléonasmes sont très courants dans le langage et parfois un peu vicieux :
Au jour d'aujourd'hui => Actuellement
s'avérer vrai => s'avérer (ou pire, s'avérer faux, qui est un contresens !)
une brève averse / une averse soudaine => une averse

Les relatives en général (et leur profusion en particulier, surtout avec un comparatif)
Le livre qu'il a trouvé dans l'étagère qui était au fond de la libraire est plus intéressant que le mien.
Il a trouvé un livre plus intéressant que le mien dans l'étagère au fond de la libraire.
Ça ne peut être que parce que nous avons quelque chose qu’ils détestent.
Nous avons une chose qu’ils détestent. Ce doit en être la raison.

Il y a / Parce que (vous avez dû voir ça à l'école !)
Il y a longtemps que je n'étais pas venu ici.
Je n'étais pas venu ici depuis longtemps.
Il y a un oiseau sur la branche.
Un oiseau se tient sur la branche.
Il y a un chien qui garde la maison.
Un chien garde la maison.
Si tu es puni, c'est parce que tu n'as pas écouté ce qu'on t'a dit.
Comme tu n'as pas écouté ce qu'on t'a dit, tu es puni.
Comme tu n'as pas écouté les consignes / les conseils / les avertissements, tu es puni.
J'ai pu partir en voyage parce que j'ai eu une prime.
Grâce à ma prime, j'ai pu partir en voyage.

Alors que
J'ai eu une mauvaise note alors que j'avais bien révisé.
J'ai eu une mauvaise note, pourtant j'avais bien révisé.
J'avais bien révisé mais j'ai eu une mauvaise note.

Le fait que / le fait de
Le fait que tu sois toujours en retard met tout le monde dans l'embarras.
Comme tu es toujours en retard, ça met tout le monde dans l'embarras.
Tout le monde est dans l'embarras à cause de tes retards systématiques.
Tu es toujours en retard et ça met tout le monde dans l'embarras.

En tant que
En tant que médecin, je connais mon travail.
Je suis médecin, je connais mon travail.

Est-ce que
Est-ce que tu as faim ?
Tu as faim ?
Est-ce que tu as pensé à fermer la porte à clé ?
As-tu pensé à fermer la porte à clé ?
Qu'est-ce que tu es en train de faire ?
Qu'es-tu en train de faire ?
Que fais-tu ?

Le futur avec le verbe aller
Il va aller au Japon l'an prochain.
Il ira au Japon l'an prochain.

Voire
Il a mis une heure, voire deux, pour venir.
Il a mis une ou deux heures pour venir.
Il a mis presque deux heures à venir.

Une aventure capillaire

Récemment, pour enrichir mon travail d'écriture sur un scénario pour mon jeu de rôle, j'ai fait un travail de recherche d'expressions et locutions autour des poils et cheveux.
Voici le résultat :

Les cheveux

  • Avoir les cheveux en bataille
  • Avoir un cheveu sur la langue
  • Tomber / arriver comme un cheveu dans la soupe
  • Ne tenir qu'à un cheveu / Passer à un cheveu
  • Se faire des cheveux / Donner des cheveux blancs
  • Avoir mal aux cheveux / Avoir les cheveux qui poussent à l'intérieur
  • Couper un cheveu en quatre
  • À s'arracher les cheveux
  • Avoir les cheveux qui se dressent sur la tête
  • Tiré par les cheveux / Capillotracté

Les poils

  • Avoir un poil dans la main
  • Être à poil
  • À un / au poil de cul
  • Horripilant
  • Brosser / caresser dans le sens du poil
  • Prendre quelqu'un à rebrousse-poil
  • Être de bon / mauvais poil
  • Poilant / poilade / se poiler
  • Poil-de-carotte
  • Reprendre du poil de la bête
  • (une mission) Au poil
  • Avoir les poils / Ça me fout les poils
  • le poil-à-gratter
  • barbant / barber
  • au nez et à la barbe
  • parler / rire dans sa barbe
  • La barbe !
  • Barbe-à-papa
  • cigare à moustache (à ne pas apprendre aux enfants !)

Divers :

  • Un coup de peigne
  • Passer une zone au peigne fin / ratisser

Autres :

  • Monter sur ses grands cheveux
  • Capillarant
  • Être à cheval sur les cheveux
  • Avoir une fièvre de cheveux

À cela s'ajoute quelques personnages : Laure et Al, le couple de barbiers-coiffeurs, leur fille Raiponce et leur triste apprenti Émo' Tif.

L'accroche

Le casse-tête des titres (aïe) !

J'avais aussi : La catchphrase, ou l'art de saisir l'attention du lecteur sans lui faire de german-souplex…

Suite à une conversation avec mes collègues auteurs et autrices de jeux de rôle, j'ai décidé de vous proposer ce petit tuto d'écriture sur ma méthode de travail pour la titraille, en espérant qu'il vous sera utile.

Écrire une accroche (ou un sous-titre, ou un « slogan ») est un exercice difficile qui demande de l'entraînement. Pour être réussi, il nécessite souvent un minimum d'une pleine page de gribouillis et une bonne heure de travail (hors coups de génie, ça arrive !), même quand on a l'habitude. Alors, à vos stylos !

Première étape : le brainstorming

Commencez par noter tous les points forts et éléments emblématiques qui caractérisent ce pour quoi vous devez écrire votre accroche : univers, style, ambiance, objectifs, thèmes…
Essayez de ne noter que des substantifs ou qualificatifs isolés. Cela vous aidera à avoir les idées claires et vous pourrez plus facilement les intégrer par la suite.

Deuxième étape : faire une phrase avec tout ça

Votre accroche doit être percutante, cohérente et intrigante, et plus elle sera courte, mieux c'est ! Vous risquez de vous éloigner de votre liste de départ au profit de mots plus efficaces et n'hésitez pas à recourir aux synonymes.
À ce stade, gardez bien en tête que vous n'utiliserez jamais TOUS les mots que vous avez notés précédemment. Eh oui, il faudra faire des sacrifices ! Ainsi, votre meilleure idée ne contiendra peut-être pas le(s) mot(s) le(s) plus important(s) mais, rassurez-vous, le sous-titre est généralement suivi d'un « chapeau » d'une ou deux phrases qui vous permettra de développer un peu.

Il existe tout un panel de styles d'accroche :

  • le descriptif classique : « le truc où il se passe ça ». C'est souvent l'accroche du désespoir, je vous avoue, celle qui dit « franchement, j'ai pas trop eu d'idée ^^' », à moins qu'elle ne vende du rêve à elle seule, comme : « Arrêté pour conduite en état d'ivresse… à cheval » (véridique XD). Si vous tenez à cette formule, veillez à ce que votre phrase soit très courte, pour garder un maximum d'efficacité : « le livre dont vous êtes le héros », « Pokemon, attrapez-les tous ! » ;
  • la figure de style : comme celles qu'on apprend à l'école : oxymore, antiphrase, caricature, rimes, anaphore, allitération… Exemple : l'antithèse avec « Le cauchemar commence au réveil. » (Dreamfield, jeu de rôle d'horreur par Axel Vetillard) ;
  • le jeu de mot, la figure de style favorite : souvent basé sur des expressions ou des dictons et maximes, que l'on torpille allègrement pour faire coller au contexte. Ici, deux options s'offrent à vous. Soit vous parvenez à trouver quelque chose de très subtil, soit (ce qui est plus courant) vous obtenez un « jeu de mot pourri » (ou JdMP pour les intimes) et dans ce cas, n'hésitez pas à y aller franchement ! Exemples : un poussin égal deux ; dépit de boisson ; une situation tirée par les chevaux ; ou le nom à double sens de la catégorie : La règle sur le bout des doigts…
  • la référence et la parodie : souvent associées au jeu de mot, mais faisant appel à un élément culturel, une citation populaire, une chanson, une pub… plutôt qu'à une tournure de la langue française. Exemples : La Roue de l'infortune, Le Saigneur des agneaux…

Remarque : attention dans les deux derniers cas, la phrase d'origine ou la référence doit rester reconnaissable pour que votre résultat soit efficace !

N.B. : lors de la rédaction d'un article, on aura recours à la même méthode pour l'écriture des intertitres, en ciblant, lors de l'étape de brainstorming, le vocabulaire sur la thématique abordée dans la partie associée.

Remarque² : Essayez d'éviter les tournures de phrase négatives et/ou excluantes, en particulier si votre accroche doit servir de slogan.
 Préférez : Si vous êtes comme ça, ceci est pour vous !
 à : Si vous n'êtes pas comme ça, passez votre chemin !
Le rejet d'une catégorie de lecteurs donnera une mauvaise image, pourra être vexant et sonne un peu prétentieux 😉

Imaginarius - L'Imaginaire, un genre pour tous

Contrairement aux idées reçues des plus anciennes générations, l'imaginaire n'est pas dédié uniquement à la jeunesse mais s'adresse à tous. Et les auteurs eux-mêmes passe d'un public à un autre. Qu'est-ce que cela change dans leur façon d'écrire ? Jérôme Noirez et Fabien Clavel nous parlent un peu de leurs techniques de travail.

Rencontre avec Brandon Sanderson (2010)

J'ai eu la chance de rencontrer Brandon Sanderson, un écrivain geek qui s'assume, lors des Utopiales 2010. Cet auteur d'epic fantasy, qui a été choisi par la veuve de Robert Jordan pour achever sa série La Roue du temps, est également le créateur d'un personnage « charismatique » pour la littérature jeunesse : Alcatraz Smedry. Commençons, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, par une petite présentation de deux séries représentatives de cet auteur, avant d'attaquer son interview qui vous permettra de découvrir un parcours hors norme ainsi que quelques-unes de ses techniques de création.

Elantris, la cité déchue

Elantris est une série d'epic fantasy en deux tomes publiée chez Orbit et exploitant une idée très originale de malédiction. Si vous n'avez pas l'habitude, préparez une fiche avec les noms propres pour vous y retrouver ^^' Nous avons d'ailleurs abordé ce sujet lors de l'interview.

Dix ans auparavant, Elantris était encore une belle cité, comme faite de pierres précieuses et de métal brillant. Ses habitants, bénis par le Shaod leur offrant beauté, santé, intelligence, étaient considérés comme des dieux immortels. Le Shaod pouvait toucher n'importe quel natif d'Arélon, pauvre ou riche, vieux ou jeune. Il pouvait alors rejoindre la vie de la merveilleuse cité.
Mais un jour, le Shaod est devenu malédiction et la puissance de la cité s'est effondrée. Tous les Elantriens devinrent des pestiférés, physiquement et socialement. Depuis, chaque personne frappée par le Shaod devient un cadavre ambulant et se retrouve bannie et enfermée dans l'enceinte d'Elantris aux rues sales et sombres. Ses habitants, livrés à eux-même, errent tels des zombies dans la saleté et la famine, souffrant jusqu'à la folie de blessures qui ne guérissent plus. Pour l'éternité.

C'est ainsi que le prince Raoden d'Arélon franchit les portes de la cité, ses offrandes mortuaires dans les mains. C'est ainsi que la princesse Sarène arrive pour épouser un homme qu'elle n'a jamais vu et qu'elle ne verra jamais puisqu'on célèbre ses funérailles - ce qui ne rompt pas le contrat de mariage pour autant. Il découvre une vie de misère et de cruauté et ne compte pas « finir ses jours » ainsi. Elle rencontre son beau-père, sexiste et méprisant, et ne compte pas rester toute sa vie sur la touche en n'hésitant pas à mettre son grain de sel dans la vie politique de son nouveau pays, l'un des rares à échapper encore aux opérations d'extension et de domination du royaume militariste de Fjorden.

Alcatraz, l'antihéros destructeur

La série Alcatraz, qui compte déjà deux tomes publiés en France aux éditions Mango sur les trois actuellement sortis, ne s'adresse pas uniquement aux jeunes lecteurs. C'est en effet avec grand plaisir que j'ai dévoré le premier tome : Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires - et ne vous arrêtez surtout pas à la couverture qui est très bof... Son système d'écriture est en effet très astucieux et même un peu fourbe !
Nombreux sont les points intéressants de cette série. Tout d'abord, l'auteur s'adresse à deux lectorats différents : celui de la Biblie Intérieure, le monde que nous connaissons et dans lequel ce livre est à l'index paraît-il, et celui des Royaumes Libres où notre personnage est un héros. Je ne vais pas m'étendre dans les détails mais l'auteur jongle entre ces deux publics et en profite pour critiquer un peu notre mode de vie.

Le personnage principal est une sorte de jeune antihéros plutôt associable possédant un Talent hors norme : il casse à peu près tout ce qu'il touche... Beaucoup de l'humour de la série se base sur les Talents bien pourris, admettons-le, des différents protagonistes (je vous laisse la surprise) mais dont ils arriveront à tirer avantage même si on se demande parfois s'ils ne sont pas un peu décérébrés !
L'autre point fort et humoristique de la série est la voix du narrateur-auteur qui aime bien faire tourner ses lecteurs en bourrique. Elle coupe sans cesse la narration pour tarauder le lecteur avec des considérations et des commentaires souvent hors-sujet voire déjantés qui critiquent avec beaucoup d'ironie les normes littéraires ou se moquent tout simplement de vous ou vous envoient carrément balader ! L'auteur vous promène dans le bouquin par le bout du nez, vous renvoyant 30 pages en arrière pour des broutilles par exemple. Il va jusqu'à vous donner le début du deuxième tome, Alcatraz contre les ossements du scribe (à l'époque pas encore publié), à la fin du premier juste pour vous faire enrager, le fourbe ! Alcatraz, le narrateur-auteur qui serait en fait Brandon Sanderson sous son nom de plume de Biblie Intérieure, essaie de se faire détester par tous les moyens. Y arrivera-t-il ? Moi, en tout cas, je vais lire le tome 2 !

« [...] les écrivains adorent mettre les gens à l'agonie. Si ce n'était pas le cas, nos romans n'auraient pas d'autre sujet que les fêtes d'anniversaires des petits lapinous. »

Il y aurait encore une multitude de choses à dire sur Alcatraz mais l'article commence à être long et ce serait vraiment dommage de vous spoiler l'histoire et les vannes, alors le mieux, c'est encore d'aller lire tout ça par vous-même ! Et de lire l'interview pendant laquelle nous avons beaucoup parlé de cette excellente série !

Interview

Vous n'étiez pas destiné à devenir auteur. Vous n'aimiez pas lire et vous avez commencé vos études en chimie. Est-ce grâce à vos rencontres, par exemple avec vos professeurs Mrs Reader et l'auteur David Farland, que vous avez découvert la fantasy et pris le goût de la lecture et de l'écriture ?

Le premier déclic a eu lieu quand ma prof, Mrs Reader, m'a encouragé à lire des nouvelles de fantasy pour la première fois. J’avais 14 ans et je détestais lire car on ne m'avait pas donné les bons livres. C’était Fendragon (Dragonsbane) de Barbara Hambly. J’ai adoré. C’était une nouvelle merveilleuse qui a changé ma vie, ma manière de voir le monde et les livres. Et j’ai découvert, cet été-là, d'autres auteurs tels qu'Anne McCaffrey, Melanie Rawn et David Eddings, qui sont devenus mes auteurs préférés, et j’ai littéralement dévoré tout ce qu’ils ont fait.
Mais ma mère m’a convaincu qu’être auteur n’était pas un vrai métier et je suis allé à l’université pour étudier la chimie. Au bout d’un an, je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi. J’aime le concept de la chimie, mais je suis un auteur et j'avais besoin d'écrire. Donc j’ai décidé de le faire à temps plein. J’ai suivi les cours de David Farland sur les nouvelles de fantasy et SF qu’il enseignait à l’université locale. Et ça m'a énormément aidé de rencontrer un véritable auteur pour comprendre qu’écrire pouvait être un vrai métier, qu’il y a des gens qui le font, tout comme lui. Et ces deux personnes ont eu une influence profonde sur ce je voulais vraiment faire.

Vous n'aimiez pas les livres imposés à l'école. Dans le premier tome d'Alcatraz, vous formulez des critiques telles que « Tu dois lire ça ! ». Est-ce que votre expérience vous a inspiré pour ce livre ?

Elle l’a inspiré. J’ai écrit Alcatraz comme si c’était pour moi quand j'avais 13 ans. J'ai voulu imaginer le livre parfait que ce garçon aimerait.
Je pense que notre société a du mal à assumer que certains livres sont destinés à certaines personnes. Les livres sont un peu comme des chaussures, n’importe quelle chaussure n’ira pas à tout le monde et on ne peut pas la forcer à aller à tous. Le lecteur doit essayer une large variété de choses mais je pense que nous sommes trop souvent en train de pointer du doigt en disant : «  Oh tu ne devrais pas aimer ce livre, mais tu devrais aimer celui-ci parce que tous les autres l’aiment ». Quand j’étais plus jeune et qu’on me donnait à lire un livre en me disant que tout le monde l’aimait et que quelque chose n’allait pas avec moi si je n’aimais pas ce livre, ça ne me plaisait du tout. Jusqu’à ce que je lise des livres de fantasy et que je réalise ce que j'aimais. Mais malgré tout, beaucoup me disaient « Oh tu ne devrais pas aimer ce livre de fantasy, c'est pour les enfants » ou alors « Ce n’est pas de la vraie littérature », ce qui est complètement faux. Tout cela juste parce que certaines personnes n’aiment pas ce type de livres et qu’ils voudraient que tout le monde aime ce qu’ils aiment !

C'est peut-être ce qui nous fait réaliser que nous sommes geeks et pas comme les autres car j'ai eu la même expérience !

Exactement. C’est un dur combat que nous devons mener. J’ai une maîtrise en anglais et j’ai dû me battre dans chaque cours pour dire que : non, la littérature fantastique est pleine de bonnes choses, elle vaut la peine d'être étudiée, d'être écrite et elle est tout aussi valable que le reste ! Mais c'est très dur…

Et avez-vous vraiment quelque chose contre les bibliothécaires ?

(rires) Actuellement je n’ai aucun problèmes avec eux, je les aime beaucoup. Quand j’étais en train d’écrire Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires, je me moquais plutôt de la théorie du complot. Je venais juste de lire un thriller, dont je ne mentionnerai pas le nom, qui prétendait que certains groupes secrets dirigent le monde, ce que je trouvais démentiel et d’une certaine manière ridicule. Donc je voulais imaginer le groupe le plus ridicule possible en train de diriger le monde et j'ai choisi les bibliothécaires. Il y en a tout un tas qui sont merveilleux, d'une grande aide, et pas du tout infâmes. Mais, et c'est une partie du commentaire que j’ai fait, il y en a parfois quelques-uns qui le sont, à mon avis, car ils ne font pas ce qu’ils devraient. Pas seulement des bibliothécaires mais aussi certains instituteurs et certains professeurs, qui font de la rétention d’information et qui disent : « Non, vous ne pouvez pas avoir cette information, vous pouvez seulement avoir l’information que je pense digne de vous ».

Et pourquoi choisir un antihéros pour Alcatraz ?

Alcatraz n’est pas un antihéros traditionnel. Il y a beaucoup de définitions d’antihéros. La plus connue est quelqu’un comme Madame de Bovary, une personne qui n’attire pas l’attention.

C'est un des livres horribles que j'ai dû lire à l'école !

Oui, oui, je n’ai pas beaucoup aimé ce livre non plus. Mais j'aime Victor Hugo donc ça va. Les auteurs français sont incroyables. Mais Alcatraz est une autre sorte d’antihéros. Il ne pense pas qu’il mérite d’être un héros car il a une mauvaise estime de lui mais ça fait partie du charme du livre. L’idée de la série Alcatraz, c'est que les personnages ont des super-pouvoirs qu'ils trouvent nuls. La société les leur présente comme des défauts. Le super-pouvoir d'Alcatraz, par exemple, c'est qu’il casse des choses. La société leur dit que c’est terrible, qu’ils doivent en avoir honte. Mais le propos d’ensemble du livre est que des choses dont on est honteux peuvent aussi être notre plus grand avantage. J'utilise moi-même souvent cette métaphore. Quand j’étais jeune, j’avais une imagination débordante et ça me causait des problèmes. Certaines personnes me disaient « tu ne devrais pas rêvasser tout le temps comme tu fais ». Mais j'en ai fait ma carrière. Pour beaucoup d’entre nous, geeks ou nerds, la société considère qu'on doit en être honteux de toutes ces choses que l'on fait. Mais je ne pense pas nécessairement que ce soit vrai. On peut les prendre, en tirer un grand avantage et on peut aider la société en les utilisant. Et c’est de ça que parle le livre. Alcatraz apparaît comme un antihéros au début mais c’est l’astuce du livre car c’est sans soucis que mon antihéros peut devenir un héros.

Nous avons une série en France où les pouvoirs catastrophiques des super-héros deviennent une force.

Ah ok. Il y a aussi ce film Mystery Men, que j'aime beaucoup. C’est un peu ce genre de trucs, avec des super-héros comme La Pelle qui est très bon pour pelleter, et autres. De toute façon, je ne pense pas être le seul à avoir eu ce genre d’idées.

C'est peut-être ce qui rend ces personnages attachants.

Oui, peut-être, oui.

Beaucoup de héros modernes ne sont plus orphelins mais placés dans des familles d'accueil. Est-ce une façon de se rapprocher des jeunes lecteurs de maintenant ?

Oui, mais je pense que c’est surtout pour être plus réaliste. C’est ce qu’il se passe dans notre monde d’aujourd’hui et aussi ce que j’ai voulu pour Alcatraz. Je ne veux pas en dire trop pour éviter de spoiler, mais ses parents sont vraiment impliqués dans l’histoire et y prennent part tous les deux. Je n’en parle pas au début pour que les personnes pensent qu’il est orphelin.

Pensez-vous que l'humour est indispensable en littérature jeunesse de nos jours ?

Je pense que c’est important. Actuellement, c’est intéressant de penser que les enfants sont plus enclins à accepter une grande différence d’éléments dans un seul livre. Les adultes, si vous mettez trop d’humour dans un livre, ils le catalogueront comme étant uniquement une nouvelle humoristique. Mais les enfants ne font pas ça. Ils vous autorisent à être drôle, et sérieux, et ridicule, tout ça en même temps et c’est un des trucs que j’aime à propos des livres Alcatraz, car vous avez beaucoup de libertés. Quand j’écris de l'epic fantasy, je mets un peu d’humour, mais ce sont plus des traits du personnage. J’adore l'epic fantasy, c’est mon premier amour, mais on se doit de prendre ça sérieusement, tout doit être cohérent et bien fonctionner ensemble. Et vous ne pouvez pas être imprécis, vous ne pouvez pas non plus être contradictoire. Dans les livres jeunesse, c'est possible. Ils me laissent, dans Alcatraz, être contradictoire si c'est pour développer un propos, mais aussi être drôle, ridicule et aussi avoir des personnages bien trempés. Donc il y a beaucoup de flexibilité dans cette littérature.

L'équivalent pour les adultes pourrait être les histoires de Terry Pratchett ?

Oui, je connais Pratchett, mais je pense que c'est vraiment une exception et qu’il fait un boulot fantastique. Mais je crois que les gens continuent de le catégoriser seulement comme un humoriste alors qu’il a des personnages et des histoires profonds. Mais c’est dans notre nature de se contraindre de dire que Pratchett est seulement une chose alors qu’il peut en être plein à la fois.

Dans la série des Alcatraz, il y a deux types de narration. Pourquoi ce double langage ? Est-ce une opportunité pour critiquer notre société ?

Oui, quand j’ai écrit les Alcatraz, j’ai voulu faire des choses vraiment différentes de l'epic fantasy où je prends garde à ne pas être trop didactique, à ne pas faire de sermons. Je n'y fait pas de propagande, je prends juste ce qui semble important pour le personnage. Avec Alcatraz, je n’ai pas commencé de cette manière non plus, mais j’ai mûri car, à chaque début de chapitre, Alcatraz s’adresse au lecteur pour parler de quelque chose qui l’ennuie, qui l’intéresse ou faire quelque chose qui va l'embêter. C’était fait en partie pour développer son personnage, mais aussi pour introduire des thèmes humoristiques. Mais c'était aussi, pour moi, une façon de commencer de petits argumentaires, des argumentaires humoristiques. Je veux dire par-là que je m’amuse de différents aspects de l’écriture. Certaines parties du livre se moquent aussi de moi en tant qu’écrivain et se référencent elles-même par ce biais. C'est ce qui construit le livre et qui l'a rendu amusant à écrire.

Vous avez été choisi pour achever La Roue du Temps de Robert Jordan. Est-ce une fierté ? Est-ce dur de prendre la suite du projet de quelqu'un d'autre ?

En effet, c’est un grand honneur et je suis vraiment très heureux d’avoir été choisi. J’ai lu les livres de Robert Jordan il y a de nombreuses années et c’est une de mes séries préférées. Peut-être même ma série préférée pendant pas mal de temps. Et j’ai été choisi de façon inattendue. Je n’avais pas de vues sur le poste, il est juste venu à moi et c'était un gros projet. Au début, j’ai dit oui immédiatement, mais ensuite, je me suis mis à réfléchir sur les difficultés que ça serait et comment le faire honnêtement. Il n’y avait pas moyen de réussir parce que la seule personne qui pouvait écrire ce livre correctement, c’était Robert Jordan. Et je ne pouvais pas le remplacer. J'ai failli rappeler pour dire non, parce qu’il n’y avait pour moi aucune manière de ne pas échouer. Mais finalement, j’ai décidé que j’aimais la série et que, si je disais non, quelqu’un d’autre prendrait la suite et ferait n’importe quoi, et que ce serait ma faute si ça se passait comme ça. Après pas mal de réflexions, j’ai réalisé que je ne serais peut-être pas capable d'écrire aussi bien que lui, mais au moins, en tant que fan, je connais leurs attentes et je peux faire ça bien. J’ai donc décidé que si quelqu'un d'autre que Robert Jordan devait l'écrire, ce serait moi.

Vous êtes maintenant professeur d'écriture créative spécialisée en SF et fantasy dans la fac où vous avez étudié. Est-ce important de partager votre expériences comme l'a fait David Farland avec vous ?

Oui, en effet, la raison pour laquelle je donne ce cours est qu’actuellement David Farland a arrêté d'enseigner pour pouvoir poursuivre d’autres choses. C'était juste un travail complémentaire, c’est un écrivain avant tout. Un autre professeur avait pris le poste mais elle partait à la retraite et le cours allait être annuler donc elle m’a demandé si je voulais enseigner et j’ai dit oui. Même si ma carrière était plutôt calme à ce moment-là, je ne ressentais pas le besoin d'enseigner. J’ai dit oui parce que c’était un cours que j’avais pris et qu’il comptait beaucoup pour moi. J'aimais beaucoup ce cours et j'ai voulu reprendre le flambeau pour permettre à d'autres étudiants d'en profiter aussi.

Dans les livres de fantasy, les noms de lieux ou de personnes sont toujours étranges (voire tordus et imprononçables !). Comment créez-vous les vôtres ?

Oui, ça dépend des livres, pour tous mes livres j’utilise une méthode différente. En fait, pour Elantris, c’est une manière de nommer basée sur mes recherches en linguistique. Je ne veux pas trop approfondir, ça doit paraitre très ennuyeux à expliquer pour la plupart des gens donc je vais m’abstenir. Mais dans beaucoup de mes livres, je vais prendre une région géographique de notre monde et je vais baser mes noms sur les noms de cette région. Par exemple, pour Fils des Brumes (Mistborn), qui se base en France mais aussi en Allemagne. J’ai construit les noms à partir des langues parlées dans ces régions, de manière à ce qu'ils donnent une ambiance.
Pour d’autres livres, j’ai utilisé d’autres astuces linguistiques. Pour Way of Kings, les noms sont des palindromes (mot qui peuvent se lire dans les deux sens) parce que la symétrie est sacrée pour les gens de ce monde et donc beaucoup des noms sont palindromique ou à une lettre près forment un palindrome et c’est comme ça que je les ai nommés. Ça dépend juste du monde que je suis en train de construire.

La série Harry Potter touche à sa fin. Pensez-vous qu'Alcatraz pourrait être son successeur auprès des jeunes lecteurs ? Seriez-vous partant si on vous proposait des adaptations cinématographiques ?

Ouh là... Je ne sais pas, personne ne peut remplacer Harry Potter, il a vraiment quelque chose de spécial. Je n’ai certainement pas publié mon livre en me disant « Oh on va essayer de remplacer ça ». J’ai plutôt envie que les gens lisent Alcatraz pour ce qu'il est : clairement plus dingue que Harry Potter. Il y a des adaptations cinématographiques en cours avec DreamWorks qui ont fait Shrek, How to Train Your Dragon et tout ce genre de trucs. Ils sont en train de travailler sur une adaptation. C'est en cours, rien n’est encore fait, mais ça s’annonce plutôt bien.

Quels sont vos projets pour 2011 ?

Oui, l’année prochaine j’ai le dernier tome de la trilogie Fils des Brumes qui va sortir en France, j'ai vraiment hâte. Il s’appelle The Hero of Ages, il sort en avril et va terminer l’histoire. Puis un livre en one-shot qui s’appelle Warbreaker qui sortira probablement au début de 2012, et ensuite The Way of Kings qui marquera le début de ma nouvelle grosse série.

Merci à Brandon Sanderson pour son temps et sa patience.